Née
à Versailles, le 8 Avril 1761, Marie-Elisabeth Joly était
la fille d’un costumier qui jouait
accessoirement dans des comédies, avec son épouse.
Elle n’eut donc aucune difficulté à s’adapter
au monde des planches. A 7 ans déjà, elle jouait « Louison »
dans le Malade Imaginaire. Les spectateurs, qui voyaient déjà
en elle une grande comédienne, l’acclamaient tous les
soirs et l’on parlait déjà de la finesse de
son interprétation, de son espièglerie et de sa vive
intelligence.
Elle eut de nombreux soupirants, mais en trouva un plus fervent,
à Caen, qu’elle épousa : M. Nicolas Fouquet
Dulomboy, Capitaine de cavalerie, Chevalier de l’Ordre de
Malte de Saint-Louis, Maire de la commune de Tassily-Saint-Quentin,
et propriétaire du manoir de Poussendre, commune de Tassily.
Sociétaire de la comédie française
Elle y joua « Dorine » dans Tartuffe, « Toinette »
du Malade Imaginaire, « Martine » des Femmes
Savantes, « Nicole » du Bourgeois Gentilhomme.Devenue
sociétaire de la Comédie Française, le 27 mars
1783, elle interpréta quelques tragédies dont le rôle
de « Constance » dans Inès de Castro,
du poète portugais Ferreira.
Elle fuyait le bruit et aimait par-dessus tout se retrouver dans
le manoir de Poussendre, pour y passer d’agréables
vacances avec son mari et ses enfants.
Elle adorait Jean-Jacques Rousseau et vint en pèlerinage
avec sa famille sur la tombe de ce dernier. Elle y déposa
une magnifique couronne de bronze, « Aux mânes
de Jean-Jacques Rousseau.
Soupçonnée de royalisme, dénoncée par
Danton, elle est enfermée durant cinq mois à Sainte-Pélagie,
avec d’autres artistes de la Comédie Française.
Malheureusement, après une période calme, les soucis
recommencèrent. Un travail intense, de nombreuses émotions,
cinq accouchements, quelques accidents secondaires et une poitrine
délicate finirent d’ébranler la santé
de Mme Dulomboy.
Les représentations au théâtre se firent plus
rares et elle se consacra à l’éducation artistique
de ses enfants. Malgré tout, son grand courage ne put vaincre
la maladie et Marie Joly mourut d’une maladie de poitrine,
le 5 Mai 1798, entourée des siens, en son domicile rue Saint-Honoré,
à Paris. Elle avait 37 ans.
Un dernier hommageLa mort prématurée de Marie Joly consterna le monde
du théâtre et la région de Saint-Quentin, où
elle était fort connue et appréciée. Les gazettes
et journaux littéraires de l’époque firent son
apologie.
M. Dulomboy choisit le point le plus élevé de la montagne,
selon le désir de sa chère disparue.
De cet endroit, on découvre, au Nord, la plaine de Caen,
et au Sud les alentours verdoyants de Falaise. A pic, se trouve
la magnifique gorge de la Brèche au Diable.
Le 3 juin 1798, une foule immense assistait aux obsèques
de l’actrice. M. Poupinet, sous-préfet de Falaise, prononça une
très belle oraison funèbre.
Le catafalque, entouré des autorités et de la Garde
Nationale, disparaissait sous les fleurs.
La cérémonie, dit-on, fut très émouvante.
M. Dulomboy, éploré, était accompagné
de ses cinq enfants, dont le plus jeune était dans les bras
de sa nourrice. La foule en larmes et le déroulement des
obsèques rendaient le site très impressionnant et
d’une beauté sévère.L’enceinte du tombeau Plusieurs mois après, M.Dulomboy fit ériger un monument
sur le modèle exact de celui de Jean-Jacques Rousseau en
faisant appel au même artiste : Lesueur.
Sur la face Est, Marie Joly est représentée, en grandeur
nature, allongée sur le côté ; sur la face Ouest,
M. Dulomboy fit graver une épitaphe :
« Ci-gît
: Marie-Élisabeth Joly, femme Dulomboy, la meilleure des mères,
la plus douce et la plus sensible des femmes, la plus tendre des épouses.
Amante de la nature, artiste célèbre, elle décéda
à Paris le seize Floréal an VI (5 mai 1798), âgée
de 37 ans.
« Hommes, respectez sa cendre ». Aux côtés du monument, se trouvent deux pilastres
ornés de figurines en pied : Thalie versant des pleurs et
Melpomène tenant un livre.
Sur des colonnes et des pierres éparses, Fouquet Dulomboy
fit graver vers et citations que lui inspirait la douleur.
Cet endroit est aujourd’hui gardé par Mme Kermaëdic,
dont la famille a été choisie par M. Fouquet-Dulomboy
pour s’occuper de la sépulture. Un bail a en effet
été retrouvé selon lequel les clefs ont été
remises à M. Adolphe Bouquerel, le 13 juillet 1908, avec
la tâche d’entretenir les jardins et monuments dans
l’enceinte du tombeau.
Aujourd’hui encore de nombreux touristes viennent visiter
cet endroit, sous la conduite de Mme Kermaêdic.
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